Indisciplinarité

Mode de reliance, méthodologie systémique, fonction didactique et deux picons bières pour la table cinq

Argument en faveur de l’artiste-programmeur: technique et perception, une affaire de systèmes

On pourrait penser (et même dire, si vous êtes en capacité de vous exprimer oralement) qu’il n’est pas nécessaire pour l’artiste de devoir maitriser ses moyens de production pouvant matérialiser ses ambitions créatives, qu’il pourrait déléguer la tâche de formalisation des idées à un informaticien, sans qu’il se soucie de la dimension technique de son dispositif. Mais la technique ce n’est sans doute pas seulement un moyen de formaliser matériellement quelque chose, c’est aussi une façon de percevoir. Allez vas-y Edmond, c’est à toi.

« Mon hypothèse est que cette expérience sensible vécue dans l’acte technique —que j’appellerai expérience technesthésique— constitue une sorte d’habitus perceptif, du savoir sensoriel, partagé par chacun des membres d’un société en modelant ses façons d’agir, de penser, par des voies différences de celles du langage et de la pensée symbolique. »1

À propos de création computationnellement assistée, on pourrait considérer l’approche esthétique purement formaliste comme la preuve d’une inconsidération du processus de création, où l’outil numérique n’interviendrait que comme moyen utile pour mettre en forme une idée, ou bien comme démonstration formidable et technophile des moyens engagés.

« Ceux qui produisent des images dites « informatiques », manipulant les fractales ou les images de synthèse, tombent généralement dans le piège de l’illustration: leur travail n’est, au mieux, que du symptôme ou du gadget, ou, pire encore, la représentation d’une aliénation symbolique au médium informatique et celle de leur propre aliénation vis-à-vis des modes imposés de production. »2

Pour ne pas être pris au piège par des esthétiques technophiles et fétichistes, l’approche systémique me semble beaucoup plus convaincante. Cette « méthodologie systémique »3 consiste à intégrer l’ensemble des processus, des moyens matériels ou immatériels, dans le cadre de production artistique. Elle a l’avantage de réduire la distance technique et psychique entre sa production artistique et les moyens de productions4, car tout fait partie d’un même ensemble, tout est mis en poésie, des actions, des environnements, des actions, les langages — le code informatique pourrait y être bien entendu aussi inclus. Dans cet ensemble, de nombreux éléments hétéroclites interagissent entre eux, les mathématiques côtoient les arts visuels, le code s’immisce dans la poésie et les images, des modèles biologiques peuvent constituer des exemples quant aux façons de procéder…

« L’œuvre n’est plus définie comme un objet clos et statique, mais au contraire comme un champ, comme une matrice ouverte à tous les processus de transformation morphologique. »5

L’artiste armé d’une conception globaliste et d’une méthodologie systémique devient un opérateur de reliance6 pouvant permettre l’hybridation des domaines entre eux, ceci bien sûr en faveur de l’abaissement des cloisons qui séparent les disciplines entre elles; L’outil numérique semble plus qu’adéquat tant sa force simulatoire, issue d’un modèle puissant de discrétisation mathématique d’un réel continu, permet l’hybridation de formes et conceptions dans un espace du tout-calculé, ou les objets du système, peuvent interagir de façon équivalente sur un standard nombre. Les langages programmatiques, eux, constituent en soi une synthèse efficiente de formules mathématiques, compréhensible à la fois par l’homme et la machine.

De façon pragmatique une pratique artistique systémique, soit une stratégie analytique qui devient productive, a une fonction didactique dans le sens ou la « pratique didactique » désign[e] donc à la fois un auto-apprentissage, une didactique des formes et des techniques, autant qu’une production artistique apte à transmettre des connaissances, y compris sur le terrain social et politique7.


1. Edmond Couchot, « Images, de l’optique au numérique », p14 (page calvados).
2. Nicolas Bourriaud, « Esthétique Relationnelle », page j’ai-plus-le-livre-sous-la-main.
3. Emanuele Quinz, « Esthétique des systèmes », p14 aussi parce que après je m’endors.
4. Jack Burnam, « Esthétique des systèmes », p61, Orne Represent.
5. Emanuele Quinz, « Esthétique des systèmes », pajonzsimamémoirébonne.
6. Edgar Morin, « Réforme de pensée et transdisciplinarité »
7. Jean-Louis Boissier, Blog de Vincennes